mardi 22 avril 2008

Télé-merde

Depuis que j'ai quitté l'Eglise Cathodique, je regarde de moins en moins la boîte magique qu'on appelle télé. Il y a quelques jours, pour prendre ma dose mensuelle de matraquage télévisuel, j'ai osé allumer ma télé. Je n'ai pas été du tout déçu. Je suis tombé sur une pure merveille, une merde à l'état brut.

Pour quelqu'un qui a une très basse estime de ce média, ça n'a été que du bonheur : j'ai su, une fois de plus, que j'avais raison, que je n'ai fait d'injustice à personne. Bien sûr il y a encore quelques documentaires sur arte qui m'intéressent vraiment. Mais je ne change pas le programme de ma soirée pour me conformer aux horaires de ces émissions. Il y a aussi les guignols, de temps en temps (une fois par mois ça suffit, sinon ça devient moins drôle).

Ce que j'ai vu donc quand j'ai allumé ma télé était une émission consacrée aux a-sexuels. Des gens qui vivent sans sexe, par conviction personnelle ou pour des raisons purement biologiques qui les empêchent de ressentir du plaisir pendant les rapports sexuels. Jusque là rien de très étonnant. Le sujet a été publié dans des revues scientifiques, et sans être un spécialiste du domaine j'ose imaginer que de tels cas ont toujours existé dans l'histoire de l'humanité. C'est simplement qu'ils sont hyper minoritaires ou qu'ils ne s'expriment pas à cause de contraintes sociales, religieuses ou autres.

Ce qui est scandaleux dans l'approche de France 2 (service public, pour rappel) de ce sujet, c'est la mise en scène de ces cas : inviter des gens sur le plateau pour "témoigner", aller chez eux pour filmer leur quotidien, inviter des "spécialistes" pour nous donner un avis d'expert... tout ça peut vous paraître normal et acceptable, mais croyez-moi il suffit de vivre des mois sans télé pour se rendre compte à quel point c'est ridicule. Et puis ce voyeurisme à peine voilé, enrobé dans une pudeur hypocrite et défendu par un Delarue au sérieux franchement comique... ça ne vous interpelle pas ? Ca ne vous révolte pas ? Toute cette merde étalée là, à bout de nez, toute cette médiocrité, ces âneries, ça ne vous dégoûte pas ?

Je ne suis pas en train de parler de la Star'Ac. Encore moins de "On a échangé nos mamans" et autres armes de destruction intellectuelle massive. Je ne parle pas d'une chaîne privée à la recherche du sensationnel pour faire monter l'audimat. Je vous parle de France 2, service public. Je vous parle d'une émission soit-disant sérieuse. Je vous parle de gens qui "analysent", "débattent", "racontent des expériences intéressantes"... Je mets tout ça entre guillemets parce que ce n'est que l'apparence de la chose. Le fond n'est qu'une coquille vide.

Le génie de l'industrie du spectacle a trouvé l'astuce pour faire accrocher le spectateur lambda : parler d'une hypothétique quatrième orientation sexuelle : après les hétéros, les homos, les bis, voilà les a-sexuels qui sont sortis du chapeau ! Et hop ! Faut dire que les homos et les bis, c'est moins bandant de nos jours. Ca s'est banalisé comme sujet. Il faut surprendre, il faut choquer, il faut impressionner. Et pour couronner le tout, une légitimation par la science : ça ne peut qu'être vrai, puisqu'un article sérieux de recherche scientifique en parle.

J'ai pensé ce matin à cette expérience horrible de dix minutes passées devant la télé quand j'ai lu par hasard sur le web que la mort de Pascal Sevran a été annoncé par erreur sur le plateau de Ruquier hier. Encore une gourde due à la pression du direct, à la course vers le scoop, même s'il s'agit de la mort d'un collègue. Je ne dis pas que Ruquier a mal fait son boulot, mais c'est tout un système qui est à incriminer. Quand l'immédiateté devient un critère de performance, on ne réfléchit plus, on n'analyse plus, on livre à chaud les "nouvelles" et recueille les "réactions" tout de suite. Tant pis si c'est pas vérifié, on vérifiera plus tard. L'essentiel c'est que ça fasse sensation. C'est du spectacle, donc c'est bien, c'est "intéressant", c'est vendeur... Pour moi c'est juste stupide et, encore plus dangereux, complètement abrutissant.

J'attendrai avec impatience le jour où la télé sera déclarée arme de destruction intellectuelle massive et sera combattue comme un ennemi de l'humanité. Jusqu'à ce jour, je me contenterai de lire des livres.

5 commentaires:

MADJERBA a dit…

Comme toi, je la regarde de moins en moins, mais ce n'est pas pour autant que je "jetterai le bébé avec l'eau du bain". La télé est aussi un outil formidable (quand on sait s'en servir) surtout pour ceux qui n'ont pas accès aux livres pour une raison ou une autre.
L'enseignement scolaire n'a pas suivi l'évolution technique, et on devrait aussi apprendre à décrypter l'audio-visuel comme on étudie un texte.

MADJERBA a dit…

Comme toi, je la regarde de moins en moins, mais ce n'est pas pour autant que je "jetterai le bébé avec l'eau du bain". La télé est aussi un outil formidable (quand on sait s'en servir) surtout pour ceux qui n'ont pas accès aux livres pour une raison ou une autre.
L'enseignement scolaire n'a pas suivi l'évolution technique, et on devrait aussi apprendre à décrypter l'audio-visuel comme on étudie un texte.

mandela a dit…

ثلاثة حصص جديدة لقناة الحوار التونسي
جاهزة للتتنزيل أو التليشارجمون كيما تحبو
http://www.arcoiris.tv/modules.php?op=modload&name=Downloads&d_op=viewdownload&cid=1045

raspoutine a dit…

Je ne comprends pas. C'est quoi la différence avec un livre?? Tu penses qu'un écrivain ne fait pas de mise en scène quand il écrit un livre??

BooBoo a dit…

Un livre peut être destructeur aussi, c'est vrai.. Mais sincèrement, en lisant un livre, il y a un minimum de neurones qui fonctionnent! L'ecrivain donne les elements d'une scene, et nous lecteurs, on tisse le reste de la toile. Notre imaginaire est nourrit, et instinct ravivé, contrairement a une télé qui bloque ces mécanismes, et les inhibe. Tant que cette machine a analyser tourne, je ne pense pas qu'il y ait de grande peur, mais le problème c'est qu'elle bloque à une séance d'hypnose télévisuelle.
Ce qui m'inquiète le plus, c'est les enfants qu'on garde des heures et des heures devant des programmes télé d'une médiocrité incroyable, nous eparganant une dure séance de "waaa3333" ou de "maman, papa, racontez moi une histoire" après une dure journée de boulot...