mercredi 3 décembre 2008

La blogosphère comme projet anarchiste

Une des choses qui me plaît dans l'activité blogosphérique tunisienne, est que cette espace virtuel peut être comparé à une TAZ (Temporary Autonomous Zone). TAZ ? Mais c’est quoi au juste ?

Hakim Bey, anarchiste notoire et inventeur du terme TAZ, refuse de donner une définition de la TAZ mais la décrit comme :

"(...) une insurrection sans engagement direct contre l'État, une opération de guérilla qui libère une zone (de terrain, de temps, d'imagination) puis se dissout, avant que l'État ne l'écrase, pour se reformer ailleurs dans le temps ou l'espace."

La TAZ n'est pas violente, elle ne pratique pas le terrorisme, mais milite contre l’autorité. Dans la TAZ les regroupements se font non pas par familles liées par le sang, mais par bandes liées par l'affinité. L’Etat, ou toute forme de pouvoir, ne peut pas détecter l’existence d’une telle zone, du moins pendant un certain temps. C’est pour cela qu’elle est « temporairement autonome ».


Par certains côtés, la blogosphère manifeste un acte de résistance contre l'autorité sous toutes ses formes : autorité de l'Etat, mais aussi autorités des traditions, du religieux, des dogmes, et du politiquement correct.

La blogosphère n'est pas seulement un espace d'échange : c'est un espace d'insurrection. Et l'insurrection a ceci de beau qu'elle est éphémère. L'insurrection n'est pas la révolution, car l'insurrection échappe à l'infernale roue dialectique de Hegel qui veut que tout finit par absorber son contraire. Les révolutions qui se sont levées contre l'autorité ont produit les pires dictatures de l'histoire. Les révolutionnaires d'aujourd'hui sont les gouvernants de demain, et donc potentiellement, les bourreaux d'après-demain.

La blogosphère, autant que je sache, n'a pas pour projet de fournir une alternative au pouvoir. Elle n'a pas de projet révolutionnaire. La blogosphère critique, dévoile, montre du doigt les dérives de l'Etat et des médias complices. Mais ses membres restent anonymes pour la plupart, indéfinissables, pouvant changer d'identité tous les quatre matins. La blogosphère est, par définition, informe, incolore, inodore.

A ces débuts, et sûrement encore aujourd'hui, la blogosphère est quelque chose d’inintelligible pour ceux qui ont le pouvoir politique, médiatique et financier. La blogosphère n’est pas un parti politique, ni une association d'opposants. Un blog n’est pas un journal ni un manifeste politique. L’action de blogguer n'est pas vraiment clandestine, sans pour autant être totalement transparente. Un bloggeur n’est pas un journaliste, ni un reporter, et encore moins un politicien. En vérité il est tout ça à la fois. La blogosphère existe à peine, car elle est avant tout virtuelle, et c'est cela sa force.


La blogosphère est une sorte de Fight Club. Chuck Palahniuk, l’auteur de ce livre devenu un film à succès, a des affinités non cachées avec la pensée anarchiste et plus particulièrement Hakim Bey.


Mais aujourd'hui l’heure de la fin semble s’approcher. Les blogs deviennent de plus en plus connus. Les politiciens se rendent compte de la nuisibilité potentielle d’une telle zone et procèdent à la censure et à la punition. Le Capital envahit les blogs avec sa logique marchande (pubs, buzz, concurrence entre bloggeurs,…). Les médias classiques comprennent mieux les blogs, essayent de faire en sorte qu’ils s’intègrent dans leur système et leur logique. Les bloggeurs, quant à eux, sortent de l’ombre, deviennent des stars, entrent dans le système, s’organisent en associations…


Est-ce la fin ? C’est peut-être la fin de la blogosphère en tant que projet anarchiste, mais la TAZ elle continue de vivre, ailleurs, en changeant de forme, de visage et de messagers. La blogosphère, elle, se normalise : elle devient normale (au sens ordinaire) et normalisée (régie par des normes).

7 commentaires:

kacem a dit…

سلامتك
يا خي بدّلت البلوق و إلا شنوه ألي صار ! باش إنزيدو في الفافوريت ...عندي برشة ألوّج عليك

أيه مرحبا في نهج مالطة الصّغيرة

ferrrrr a dit…

Y a au moins un qui a compris, plutôt qui dessine ce qui se passe vraiment... Bravo!

Walid ben omrane a dit…

Salut Tarek,
Je suis d'accord avec toi avec cette idée du besoin qui pousse à la création d'une structure Je comprends bien ta logique structurée par une pensée dialectique mais j'aimerais aussi dire que le blogging non structuré voire anarchique peut contribuer à mieux atteindre des enjeux de taille tels que l'intensification de la participation des Tunisiens dans la création des blogs et l'engagement à avoir un avis sur les sujets qui peuvent nous concerné. ou bien tel que le fait de faire propager les idées et les écrits des bloggeurs chez les lecteurs hors du net. L'experience a montré aussi que la structure ne peut engendré que des relations verticales maladives ( la vision syndico-anarchiste) qui limitera les enjeux simples par des enjeux complexes tels que le militantisme pour une reconnaissance légale. J'ai eu l'occasion d'aborder le sujet de l'association des bloggeurs avec S. Chourabi Bien que je sois d'accord avec lui concernant le droit de créer une association sous n'importe quelle une étiquette fixée d'emblée, je ne vois pas l'apport tangible d'une telle création qui vise des objectifs loin d'être farfelus comme la liberté d'expression. je pense que le vrai travail qui fait avancer les choses par rapport à des questions communes aux bloggeurs serait à mon avis le cumul de production et d'implication d'autres Tunisiens pour faire varier au maximum les points de vue et c'est grâce à ce travail "spontanée" (au sens de Rosa Luxembourg) et anarchique (au sens de Sorel) qu'on peut avoir une blogosphère variée et non orthodoxe (l'expression d'une petite bourgeoisie ayant accès à Internet). Tu l' as bien dit tarek la conjoncture n'est pas favorable et je pense qu'elle est même une entrave pour telle dynamique associative; Quant au slogan de rêve je pense que nos bloggeurs ont choppé l'imagination propagandiste du système en place où la manifestation du rêve a passé stade onirique d'expression individuelle vers une utopie commune illusoire.

28 نوفمبر, 2008 04:43 ص

Source : https://www.blogger.com/comment.g?blogID=1826997282414767795&postID=2505180403913066606&pli=1

Roumi a dit…

Mon pauvre... tu es devenu Tarek maintenant. :p

J'avoue que je n'avais pas songé à associer la blogosphère à l'anarchie. L'idée est séduisante quand on y songe. En même temps, cette idée est tempérée par divers facteurs, qu'il s'agisse de règles spontanées établies par les bloggeurs eux-mêmes ou par les autorités publiques qui étendent à l'internet un certain nombre de règles déjà en usage pour régir d'autres types de relations ou de médias.

L'anarchie, si elle existe, n'est donc que partielle et peut-être plutôt le fruit de bloggeurs qui seraient de véritables électrons libres, totalement déconnectés de rapports personnels, directs ou indirects, avec d'autres bloggeurs.

Ce genre de blog existe en effet mais il est finalement extrêmement rare. La plupart d'entre nous, dans leur volonté simple et juste d'établir des liens sociaux virtuels ou non avec d'autres bloggeurs sortent de fait de cette logique anarchique puisqu'ils s'inscrivent dans les usages sociaux, usages qui ne sont pas déshonorants d'ailleurs quand ils suivent une ligne vertueuse. :)

Même si l'internet peut être vécu comme un espace sans règle, on s'en fixe soi-même en choisissant de diffuser ces idées de telle manière. En effet, la communication entre deux êtres repose nécessairement sur des conventions... et même si cette communication est en sens unique. La forme de l'expression est convention... les mots utilisés sont convention... donc le pur anarchisme n'existe pas, non seulement parce que nous sommes tous et demeurons le fruit de conventions assimilées depuis la naissance mais aussi parce qu'à travers notre désir d'expression et plus encore de persuasion nous avons besoin de suivre des logiques qui n'ont rien de personnelles. A mon avis, le vrai anarchiste, c'est plutôt un gars qui ne dit pas qu'il l'est, qui ne fait pas de blog, qui vit dans son coin et qui s'exprime par des modes proscrits par la société... or le blog loin de nous éloigner nous expose et c'est un mode devenu des plus conventionnels !

On peut parler pour la blogosphère d'une certaine aspiration à la liberté de ton, à l'exploration de chemins qui semblent pour l'heure moins minés, à la rencontre d'individus partageant ces mêmes aspirations, ... même si certains mots sont militants, même s'ils sont parfois des signes de révolte, ce n'est pas vraiment de l'anarchisme il me semble, pas une négation de l'autorité mais plutôt une revendication de sa redéfinition.

Sur ce, le café du commerce philosophique ferme ses portes ; bonne soirée. :p

olfa youssef a dit…

merci
pour le post
voila mon blog visitez le
http://olfayoussef.blogspot.com/
olfa youssef

شهادة دّكتورا الدّولة في اللغة العربيّة وآدابها (كلّية الآداب بمنّوبة) 2002. ملاحظة: حسن جدّا
..تعدد المعنى في القران
الكريم

Le Mat a dit…

Le "non choix" est un choix.
Des fois à vouloir se démarquer, prendre du recul on perd de vue l'essentiel, ce qu'il faudrait c'est garder "sa distance critique" et cela demande un effort constant et une vigilance. Quand on évite systématiquement tout ce qui est institutionnel on invoque l'adage "la nature a horreur du vide".
J'admet que quand on a une visibilité ou pignon sur rue, on est plus manipulables et les groupements humains sont faits de personnes influençables sous divers aspects.
C'est délicat comme dilemme.
je ne prétends pas trancher le sujet.

Je profite de l'occasion pour faire de la pub à mon néoblog :)

akramus a dit…

Anarchie quand tu nous tiens !!!