dimanche 25 novembre 2007

J’ai trouvé la mort séduisante, mais c’est la résurrection qui me fascine

En le voyant, j'ai reculé de deux pas. Il était devant mon ordinateur, en train de taper sur mon clavier. Il avait mis ma chemise rouge (celle qu'il avait toujours préférée). Il s'est tourné vers moi, et a fait mine de sourire.

- Mani ? Je te croyais mort ! Ai-je crié.
- C'est comme ça que tu m'accueilles ?

Je le regardais dans les yeux pendant quelques secondes. Le même regard, les mêmes expressions. J'avais l'impression de me regarder dans un miroir. J'étais ébloui par la ressemblance entre nous deux et m'étonnais de l'avoir si vite oubliée. Mais oui ! Mani, mon alter ego ! Mon côté à la fois obscur et illuminé, la partie de moi que je préfère, ou tout simplement, Moi.

- Je viens t'annoncer une nouvelle, me dit-il.
- Tu reviens parmi nous, c'est déjà ça la nouvelle !
- Ecoute, tu sais bien qu'on va tous les deux reprendre le chemin du blog. Pour moi il n'y a pas de doute à cela. La nouvelle que je viens t'annoncer est d'un autre ordre. Je viens t'annoncer que je ne veux plus changer le monde.
- Et c'est pour ça qu'on rouvrira boutique ?
- Possible, oui. Je sais, il te faut une raison pour reprendre le blog, une vraie. Mais ne t'en fais pas si tu n’en trouves pas, c’est pas si grave. Ce qui t'importe c'est uniquement ton image : comment garder une apparence de cohérence et d'intégrité alors que tu fais des choses contradictoires ? Comment convaincre les autres que tu es un être unique et indivisible, alors que tu es en réalité multiple et morcelé ? La vérité, c’est que tu n'as pas besoin de tout ça. Tu as eu envie de lancer un blog, tu l'as fait. Tu as eu envie de l'arrêter, tu l’as fait aussi. Maintenant tu as eu envie de reprendre, et tu le feras. Le monde est plus simple quand tu ne t'occupes plus de comment les autres perçoivent tes actions. T’imagines ce qui serait la vie si on était obligé de tout justifier ?
- Oui… « Le souci de sa propre image, voilà l'incorrigible immaturité de l'Homme ». Cette phrase de Kundera prend tout son sens…

- Tu peux toujours trouver une explication tu sais. Tu peux par exemple déclarer :

« J'ai trouvé la mort séduisante, mais c'est la résurrection qui me fascine. »

Puis, il me regarde avec un sourire malicieux et me dit :

- Maintenant que je t’ai trouvé une belle formule pour justifier ton absence, discutons d’un sujet sérieux. Je ne veux plus changer le monde, tu comprends ça ?
- Mais pourquoi ? C'est ton séjour parmi les blogo-morts qui t'a fait changé d'avis ?
- Non. J'ai changé d'avis, et je ne suis pas tenu de te donner une raison.
- Et les enfants qui crèvent par milliers ? Et les guerres ? Et la bêtise humaine ? Tu laisses tout ça pour qui ?
- Parce que tu croyais vraiment avoir le pouvoir de changer ça ? Tu te prenais pas au sérieux au moins ? Rappelle-toi Kundera : "Prendre au sérieux quelque chose d'aussi peu sérieux que le monde qui nous entoure, c'est perdre soi-même tout son sérieux".
- Encore lui ! Je vois bien que tu n'as rien oublié. Mais je considère aussi que tu es en train de trahir tes idéaux, nos idéaux.
- "Les idéaux n'ont pas lieu d'exister. Tout ce que nous avons à faire c'est de les laisser tomber et de passer notre chemin"
- Ca doit être Krishnamurti qui a dit ça !
- Presque. L'idée est de lui, je l'ai formulée à ma guise.
- Au même temps un autre indien, Gandhi, disait : "Sois le changement que tu souhaites voir dans le monde". Cette idée de changer le monde ne te séduit plus ?

- Non, elle ne me séduit plus. Exactement comme l’idée d’être mort qui ne me séduit plus.

Nous nous taisons pendant un moment. Je le regardais en imaginant qu'il n'était que l'image d'un rêve et qu'il suffisait d'ouvrir les yeux pour qu'il disparaisse. Je m'efforçais de croire que j'étais dans un bar quelque part dans Paris, au milieu de la nuit, en train de me bourrer la gueule et de faire des hallucinations. Puis, je m'efforçais à croire que j'étais au travail, que j'assistais à une de ces réunions interminables et que je me suis perdu au milieu de mes pensées évasives. Il m'aurait suffi d'ouvrir les yeux pour me réveiller de mes imaginations. Au lieu de ça, je me retrouve encore là, chez moi, en face de lui, à le regarder lui. A me regarder.

- Imagine que l'humanité disparaisse d'ici cent ans...

Il me coupe aussitôt :

- Elle disparaîtra sûrement en moins que ça.

- Admettons. Imagine que le monde des humains disparaisse d'ici un siècle, guerres nucléaires, pollution, épidémies, conneries... les moyens ne manqueront pas. Comment nos enfants et petits enfants nous regarderont ?

- Et comment toi tu regardes ton arrière-grand-père ?

- Je ne l'ai jamais connu... j'ai quatre arrière-grands-pères mais je n'en ai connu aucun, et pire je ne connais même pas leur prénom…

- Tu vois ! Dans cent ans nos arrière petits fils auront la même conversation que nous en ce moment, et mon arrière-petit-fils (si j'en aurai un jour) ne se rappellera même pas de mon prénom, de là à me reprocher de ne pas avoir agi contre les guerres ou contre le réchauffement climatique, je peux te dire que je m’en fous royalement. Mon arrière-petit-fils ne m’empêchera pas d’aller prendre l'avion pour passer mes vacances au Mexique, tant pis pour les gaz à effet de serre. Il sera en train de me maudire alors que je ne serai que poussière, qu'est-ce que ça peut me faire ? Et puis, si l'Humanité disparaîtra, et alors ? Elle l'aura mérité après tout ! Tant pis pour notre gueule à tous. C'est pas parce que toi ou moi on s'est mis dans la tête que le monde doit changer qu'il changera forcément dans le bon sens. C'est pas parce qu'il y a Greenpeace que Bush ira ratifier le protocole de Kyoto. C'est pas parce qu'il y a des humanistes ou des pacifistes qui n’arrêtent pas de gueuler que quelque chose changera dans ce monde pourri. Et c'est pour ça que je te dis : tant pis pour notre gueule, on l'aura mérité. Le tout est de savoir profiter des quelques années qui nous sont offertes sur cette terre, tant qu'il est encore temps.

- C'est affreux. Tu tiens des propos défaitistes et puant l’individualisme. Pour te dire la vérité, je ne te reconnais pas, et je n'aime pas du tout cette discussion.

- Je ne suis que toi. Admets au moins ça. Mes idées sont les tiennes, alors assume-les !

Nous nous taisons encore une fois. Mani se dirige vers la fenêtre, l'ouvre, allume une cigarette et me regarde :

- Ne t'en fais pas cher (...). Je suis toi, tout simplement. Ce qui te dérange au fond c’est que tu n’es pas un, mais plusieurs. Ça fait longtemps que je te le dis : tu es indiscutablement schizophrénique. Ce n’est pas grave après tout. Le tout c’est d’accepter la contradiction, accepter d’être quelqu’un et son contraire. Accepter qu’au sein d’une même vie, d’un seul être, les contradictions vivent et s’enrichissent mutuellement. Accepter de ne pas avoir de contours prédéfinis, de ne pas avoir de frontières. Accepter qu’au sein d’un même Moi survivent plusieurs personnes, en paix et en tranquillité. Accepter de se laisser aller, d’aller loin, et de s’aventurer sans avoir l’obsessionnelle idée de revenir à l’état de départ.

- Tu viens de m'appeler par mon prénom ?

- Oui, je sais, n’en fais pas un drame, je vais le censurer dans la version finale. Regarde, ils sont là. Ils sont en train de nous lire !

- Qui ça ? Les lecteurs ? Tu crois pas qu'on leur doit une petite explication tout de même ?

- Mais non ! Ils n’en ont pas besoin. T'imagines si chaque nouveau-né était obligé de s'expliquer sur les raisons de sa venue dans notre monde ?

- Tu as peut-être raison. Qu’ils s’imaginent ce qu’ils veulent, tant pis. D’ailleurs le post est assez long pour qu’ils ne le lisent pas jusqu’au bout. Nous sommes peut-être en train de parler tous seuls en ce moment même. Ça m’étonnerait pas qu’ils aient abandonné la lecture d’un post aussi décevant.

Puis, en regardant l’écran de l’ordinateur, je lui demande :

- Qu'est-ce que tu nous prépares pour la suite ?

- J’ai plein de posts, j’ai des idées à la pelle.

- Je vois ça, oui. Et ça va tourner autour de quoi ?
- A ton avis ? Ca sera sûrement quelque chose qui parle de religion...
- Toujours le même, mais comme tu es bête Mani !

Et nous sommes partis tous les deux d'un fou rire.

*******************


PS : Remerciements sincères à ceux qui ont assisté aux funérailles : Takkou, Azwaw, Moulin, Leila, Mahéva, Massir, Imed, Témé, Esperanza, l’homme qui marche sur l’eau, Samsoum, Big, Trainspotting, Naravas, Tun-68, Citizen, Nadouille et Malek.

Et en dehors du monde des blogs, merci à elle, à Raspoutine (j’ai hésité aussi à lui donner le pseudo de Zarathoustra), à James et à Debi qui se reconnaîtront. Je demanderais aussi à ce dernier de ne pas aller se faire foutre.

Le look du blog va être refait prochainement.

dimanche 7 octobre 2007

Total Eclipse



I DISAPEAR

dimanche 24 juin 2007

Blogueurs engagés, Blogosphère enragée


« La prise de conscience est en marche. Partout des gens s'informent, s'instruisent et prennent connaissance de l'ampleur du problème. Alors moi j'y crois. Ça nous prendra des années, des générations mêmes, mais il faudra bien commencer un jour. »


C'est ainsi qu'un ami fraîchement converti à l'écologie s'adressa à moi pour me convaincre de la pertinence de sa démarche. Inutile de vous dire qu'il travaille pour une société qui participe activement à la pollution de la planète. Ce n’est pas ça qui avait le plus retenu mon attention. En effet, j’avais une autre raison pour être étonné : deux ans plus tôt j'avais entendu exactement le même discours de la bouche d'un autre ami. Mais ce dernier défendait une toute autre cause. Il essayait de me convaincre que l'"éveil" islamique était une réalité et que ce réveil allait nous conduire inéluctablement vers l'harmonie et le bonheur.

L’engagement pour une cause donnée peut avoir différentes significations pour les uns et pour les autres. Pour tout vous dire, personnellement je me méfie extrêmement de l'engagement, qu'il soit politique, intellectuel ou même social.

J'ai à l'esprit l'image de militants communistes français qui pleuraient à la défaite de Georges Marchais aux présidentielles françaises de 1981. De vieux hommes et de vieilles dames sanglotaient tout en jurant de ne pas voter pour la gauche socialiste (ces images sont passées sur une chaîne française voilà presque un an de cela). Je n’aimerais pas être à leur place, ces militants. Je n'aimerais pas goûter l'amertume de la déception après des années de militantisme et d'engagement.

Je ne m'imagine pas dans l’Iran de 1979, militant pour la liberté et voyant mon pays sombrer aux mains des islamistes qui récoltent ainsi le fruit de mon « combat ». Je ne souhaiterais pas non plus être un communiste convaincu dans l'URSS de 1991 ou dans la RDA de 1989.

Je n’aimerais pas m’enfermer dans une idéologie, parce que les idéologies constituent à mon sens une partie du mal dont l’Humanité souffre. Je ne veux pas non plus lier mon histoire personnelle à un destin collectif parce que cela est dangereux. Le destin collectif est par définition incontrôlable, et les foules sont les êtres les plus irrationnels qu’on pourrait trouver sur terre. Au même temps prétendre vivre sa vie en liberté et en dehors de toute communauté est non seulement égoïste, mais c’est surtout complètement illusoire.

Par leur engagement pour le Maghreb, pour la liberté d’expression, contre la censure… les bloggueurs tunisiens ne veulent-ils pas se donner bonne conscience par rapport à des problèmes qui leur tiennent à cœur ? Ces actions ne peuvent-elles pas être récupérées à des fins peu scrupuleuses ? Y aura-t-il au final un réel impact de ces actions sur la réalité ? Ou toutes ces actions resteront-elles un « cri au-dessus d’un abîme » cybernétique que personne ne considère avec sérieux ?

Ces campagnes peuvent être aussi bien des cris de rage et d’exaspération, comme elles peuvent être une marque de luxe intellectuel de quelques personnes coupées de la réalité et à la recherche d’un sens à donner à leur vie.

Je peux tout de même me féliciter que les campagnes n’ont pas pour slogan : « Bloguons pour l’Unité Arabe » ou « Je Blogue pour une Nation Islamique forte ». Tant qu’on n’a pas imposé un cadre idéologique aux gens, ces manifestations restent saines. Mais la dérive idéologique reste à craindre.

Il arrive souvent que dans une société quelconque le rêve des uns devienne le cauchemar des autres. Je m’en suis rendu compte en discutant avec des gens qui, comme mon ami cité plus haut, croient dans l’éveil islamique pour sortir nos sociétés de leur situation déplorable.

Je rêve d’une constitution laïque, d’un pays qui s’accepte sans complexe et qui définit son identité par rapport à son avenir pas par rapport à son passé. Je rêve d’un pays où l’on peut être non-musulman sans se cacher et sans avoir honte. Je rêve d’un pays où les langues se délient non pas pour parler foot, mais pour parler politique. Un pays où musulmans, juifs et chrétiens pratiquent leur culte en liberté, sans se sentir obligés de se haïr les uns les autres. Un pays où l’on peut être gay, agnostique, soufi, hard rocker sans être taxé de je ne sais quoi.

C’est mon rêve, mais c’est peut-être le cauchemar de quelques uns.

Alors oui, je blogue pour la liberté d’expression. J’exprime ma rage tous les jours. Je blogue tous les jours pour le Maghreb. Je blogue tous les jours pour un avenir meilleur, pour une Humanité plus fraternelle et plus solidaire et je blogue aussi pour cette parcelle d’Humanité qui est mon pays.

Mais je blogue à ma manière…


S'engager et rester unique, participer sans être conforme, s'investir tout en gardant ses distances, voilà ce qui peut constituer un bel exercice de blogging !

lundi 7 mai 2007

J'ai quitté l'Eglise Cathodique

J'ai été élevé dans la foi cathodique. Mon père voulait le calme absolu dans la maison à 20 h, parce que c'était l'heure de la prière du soir qui s’appelle chez nous le journal télévisé. Ce moment quotidien de recueillement s’intensifiait le weekend avec la grand-messe du dimanche « Dimanche Sports ». Les fidèles les plus pratiquants suivent les matchs à la télé tout l’après-midi et regardent les résumés, les analyses et les résultats du promosport le soir, ce qui fait du dimanche le jour le plus sacré de la semaine. Il faut dire que le foot est le deuxième élément qui constitue notre identité nationale et qu’associer le foot à la télé constitue la plus belle manifestation de foi à laquelle tout croyant peut aspirer.

En dehors de ces moments sacrés, d’autres rites sont moins importants mais se pratiquent dans la plupart des foyers. Le feuilleton égyptien est un rite presqu’exclusivement féminin qui a été remplacé petit à petit par des variantes hispaniques ces dernières années. Les dessins animés constituent un rite d’initiation qui permet aux générations futures de perpétuer les traditions. Faute d’expériences spirituelles dans le monde réel, les adolescents s’adonnent en cachette à des pratiques hétérodoxes que les adultes désapprouvent.

Il serait illusoire de vouloir lister tous les rites pratiqués parce que chacun prie de la façon qu’il choisit et il y a presque autant de sectes que de téléspectateurs (les fidèles se désignent eux-mêmes par ce nom). L’essentiel est que tout le monde reste fidèle aux valeurs qui nous unissent et qui sont incarnées par notre sainte Eglise Cathodique.

Des télés sans tube cathodique ont fait leur apparition ces derniers temps. Les traditionnalistes ont mis en garde contre une dilution de la foi et une perte des valeurs fondamentales que véhicule le tube cathodique. Les réformateurs ont par contre vu en ce changement un signe d’espoir puisqu’il démontre que la foi s’adapte à la modernité. Avec ou sans tube cathodique, pour moi une télé est une télé. Peu importe la forme si le fond s’attache à faire de nous des abrutis, toujours avec le même zèle et la même obstination.

Ce que je vous fais ici est une confession. Je me confie à vous et j’avoue avoir quitté l’Eglise Cathodique depuis quelques années. Ca n’a pas été facile, loin de là. Ca m’a pris des années pour m’assumer en tant qu’athée. La première fois que j’ai douté de ma foi était un soir pendant lequel j’ai joué à Solitaire devant mon ordinateur au lieu de suivre la messe du soir. Je m’absentais de plus en plus des prières en prétextant des devoirs à rendre pour l’école le lendemain. En réalité, je lisais des livres, j’écrivais, ou je sortais rencontrer des amis. J’ai découvert de nouvelles façons de vivre dans lesquelles la télé n’a aucune place. Au début j’avais peur puisqu’on n’a pas arrêté de nous marteler que quelqu’un qui vit sans télé ne peut qu’être corrompu et immoral. Mais j’ai poursuivi mon chemin loin des voies tracées. J’avais toujours une télé chez moi, mais je la regardais de moins en moins. Je ne suivais plus le championnat et cela a levé des doutes autour de moi quant à mon attachement à nos traditions. Je ne savais plus réciter les noms des joueurs de l’équipe nationale de football, ce qui était un signe pour mes amis de mon égarement. Ils cherchaient à savoir si une autre secte ne m’a pas récupéré. Non, je ne me suis pas converti, je n’écoute pas la radio et encore moins les matchs de volley à la radio. Je suis devenu tout bonnement athée.

En réalité ni le foot ni la télé ne pouvaient assouvir ma soif existentielle et répondre à toutes mes questions métaphysiques. Je commençais à voir les gens dans leur fauteuil, télécommande à la main, comme des aliénés qui ont perdu le sens de la vie parce qu’ils l’ont cherché au mauvais endroit, à savoir dans l’Eglise Cathodique.

J’ai découvert qu’il existe d’anciennes façons de prier qui peuvent encore être pratiquées de nos jours : lire un journal, écouter la radio, parler aux gens… j’ai découvert qu’il existe un monde en dehors de celui de la télé. En fait, c’est plus effroyable que ça : contrairement à ce qu’on nous a appris le monde réel n’est pas celui de la télé ! Vous imaginez ? Les gens dans la rue sont plus réels que les personnages du petit écran ! Les voisins de palier existent et ils sont plus importants pour nous que les présentateurs du 20h ! Voilà des vérités difficiles à avouer mais que tout homme honnête se doit d’admettre. Pendant des années, que dis-je, des décennies, on nous a raconté des salades.

Quelques années après avoir quitté la maison de mes parents, j’ai vendu ma télé à une étudiante en première année qui avait peur de perdre ses repères loin du foyer parental. Elle croyait que vivre sans télé équivaudrait à vivre dans le péché. Je n’ai fait aucun effort pour la dissuader de continuer dans cette voie. Quand elle m’a demandé pourquoi je vendais ma télé, je lui ai répondu : « j’en achète une nouvelle, plus grande, sans tube cathodique ». Je vous assure j’ai vu une admiration dans ses yeux qu’aucune autre créature féminine ne m’avait offerte avant.

Mais les temps changent. Aujourd'hui je n’ai plus peur d’être aliéné, je me sens complètement libre. Après 5 mois de sevrage, je me suis achetée finalement une télé et je l’ai laissée éteinte. En effet, la meilleure façon d’humilier une télé, c’est de la laisser éteinte plusieurs jours d’affilée. J’avais besoin d’humilier ma télé avant de l’allumer, elle saura ainsi que je ne l’ai pas achetée par nécessité.

En visite chez ma mère, je décide de la confronter avec la vérité. Sans oser la regarder dans les yeux je lui dis :

- je n’ai pas regardé la télé pendant 5 mois tu sais.

Elle cache son émotion et me répond la voix tremblante :

- Mais maintenant tu en a acheté une nouvelle n’est-ce pas ?

- Oui M’man.

- Et tu vas la regarder tous les soirs, hein mon fils ?

- Oui M’man

Je n’ai pas été jusqu’au bout. C’était trop dur. Je ne peux pas lui dire que je ne regarderai pas la télé tous les soirs. Je ne peux pas lui dire que je ne la regarderai que si j'en ai envie.

vendredi 20 avril 2007

Idées reçues sur les religions

Les religions sont ma passion*. Plus je creuse la question des religions et plus j’ai envie d’en savoir davantage. Plus je cherche à comprendre les religions, et plus je retombe sur la question du monothéisme.


Ce post constitue un bout d’une recherche personnelle sur les religions. Recherche pas méthodique et loin d’être structurée et qui a déjà été initiée sur ce blog par les posts sur la vision freudienne de la religion (1ère partie et 2ème partie) et sur les influences mésopotamiennes sur les monothéismes (1ère partie et 2ème partie).

Et si on commençait par quelques idées reçues :

Le judaïsme est le premier monothéisme de l’histoire.

Faux. Le premier monothéisme est vraisemblablement le culte de Aton porté par le Pharaon Akhénaton. Les juifs se sont peut-être inspirés de cette religion antérieure au judaïsme. Si l’on croit Freud dans « l’Homme Moïse et la religion monothéiste », le judaïsme ne serait qu’une forme déformée du culte d’Aton. Après la mort d’Akhénaton, le culte des anciens dieux a été rétabli et les prêtres ont réinstauré l’ancienne religion et pourchassé les adeptes de la religion d’Aton. Freud suppose que c’est à ce moment-là que les hébreux adoptent le culte du dieu unique. Il étudie et argumente l’hypothèse selon laquelle Moïse serait un Egyptien, peut-être même un ministre d’Akhénaton !

Fait remarquable : le mot Amen qui se retrouve dans les 3 grands monothéismes peut avoir des racines égyptiennes. Il s’agirait du nom du dieu Amon.

Les religions persanes sont par ailleurs un bel exemple de vision monothéiste du monde : le zoroastrisme érige Ahura Mazda comme dieu du monde. Il est opposé à Ahriman qui personnifie le mal. Le statut d’Ahriman varie selon les époques et les traditions mais on peut dire qu’il avait le statut de dieu. C’est pourquoi on qualifie ces religions de « dualistes ».


Il n’y a que 3 monothéismes dans l’histoire.

Faux. Plusieurs monothéismes ont existé et certains continuent d’exister jusqu’aujourd’hui. Parmi ces monothéismes, il y en a qui sont des sectes qui découlent des grands monothéismes : la religion des druzes, le babisme, le bahaïsme sont des religions qui prennent racine dans l’islam. Les différentes branches du christianisme ne sont pas à dénombrer ici, mais certaines parmi elles ont un statut de religion à part entière, comme l’Eglise mormone (reconnue comme religion aux USA mais considérée comme secte en France !).

Parmi les religions qui ont traversé l’histoire et qui remontent plus loin que l’islam : les sabéens (appelés aussi mandéens, ceux qui suivent Jean (Yahya) le cousin du Christ et le fils de Zacharie), le zoroastrisme (religion officielle des perses pendant des milliers d’années, appelée aussi mazdéisme, évoquée plus haut).

Ma religion préférée reste avant tout le manichéisme (rien à voir avec le sens moderne du mot). Religion prêché pendant le 3ème siècle après J.-C. par un persan appelé Mani (aussi appelé Manès ou Manichaeus, forme grecque de l’araméen Mani Hayy –Mani vivant-), elle insiste aussi sur l’unicité de dieu mais donne beaucoup d’importance à la méditation et à la spiritualité. Son point le plus fort est sa dimension universelle qui tend à unir les peuples et les croyances tout en méprisant la violence (il faut que je prépare un post là-dessus !). L’histoire de Mani est magnifiquement racontée par Amin Maalouf dans « les jardins de lumière ». J’ai tellement aimé ce livre que j’ai décidé de prendre le nom de Mani sur la blogosphère !

Le judaïsme, contrairement aux 2 autres grands monothéismes est une religion « ethnique ».

Faux. Le christianisme et l’islam se présentent aujourd’hui comme « universels » (n’importe qui peut s’y convertir) et on oublie parfois que le judaïsme s’est aussi propagé parmi des peuples non hébraïques. Les arabes de la péninsule arabe préislamique comptaient parmi eux des juifs. Le Yémen était à majorité juive à une époque de son histoire. En Afrique du Nord, certaines tribus berbères se sont aussi converties au judaïsme au point que la résistance aux arabes pendant l’expansion de l’islam a été menée en Tunisie par une femme judéo-berbère !

Plus généralement, on ne peut que s’étonner de l’étendue de cette religion pourtant supposée être ethnocentrique. L’existence de juifs noirs en Abyssinie (les falashas) et de juifs asiatiques en Chine montre que la « pureté » ethnique des juifs n’est qu’un mythe moderne. Plus intéressant encore : l’empire des khazars** (qui sont des tribus turco mongoles) constituent peut-être l’expansion territoriale la plus importante d’un Etat juif. Au 13ème siècle de notre ère, le roi des khazars s’est converti avec sa cour au judaïsme et il a été suivi par la majorité de la population. Les traces de ce peuple se perdent dans les méandres du Moyen-âge, mais il y a de fortes chances que les juifs ashkénazes ne soient la descendance directe de ces tribus (le sujet est tellement passionnant qu’il mériterait un post à lui seul !)

Les religions sont soit polythéistes, soient monothéistes.

Faux. Il est vrai que presque toutes les religions ont des divinités, quelque soit leur nombre. Il est possible de voir une certaine continuité entre les polythéismes et les monothéismes (cf. post précédent). la distinction monothéisme / polythéisme est superficielle et il serait plus judicieux de distinguer les religions de résurrection des religions de réincarnation.

Les religions de résurrection croient en la survie de l’âme après la mort. Elles promettent à leurs fidèles la vie éternelle dans l’au-delà. La vie éternelle a été couplée avec le problème moral (en réponse à la question « comment garantir que les fautifs sur cette terre soient punis ? ») et la solution magique a été d’imaginer 2 sortes d’au-delà : un où l’on souffre pour expier nos fautes et l’autre où on est récompensé de nos bonnes actions (enfer et paradis). Ce sujet est vaste mais notons juste que parmi les premiers à introduire la morale dans la vie de l’au-delà ont été les perses mazdéens, avant les juifs, et qui ont probablement inspiré les juifs !

Les religions de réincarnation sont des religions où l’âme est éternelle mais elle ne migre pas vers l’au-delà, elle s’incarne dans un autre corps et recommence une nouvelle vie ici-bas. Le problème moral n’est pas exclu dans ce cas puisque l’on peut espérer une prochaine vie meilleure que notre vie actuelle si on a été bon moralement. Le cycle de vie est répétitif mais peut se rompre par un nirvana, comme dans le cas du bouddhisme.

Historiquement, l’apparition de ces 2 formes de religions date du 6ème siècle avant J.-C. Il est important de voir qu’à cette époque la sédentarisation battait son plein et que l’être humain avait besoin plus que jamais de règles morales plus restrictives et plus contraignantes du fait de la vie en communauté dans les villages. Géographiquement on peut situer la séparation par le fleuve de l’Indus : les religions de réincarnation se retrouvent à l’est (essentiellement hindouisme mais pas seulement) et les religions de réincarnation se retrouvent à l’ouest (mazdéisme, mithraïsme et autres…)

Les questions essentielles sont à peine effleurées dans ce bref exposé, et j’ai encore besoin de beaucoup de temps avant de commencer à comprendre. Les questions les plus importantes selon moi sont celles qui nous permettent de comprendre notre monde actuel : qu’est-ce qu’il y a de si fort dans le monothéisme pour qu’il perdure aussi longtemps ? Qu’est-ce que le judaïsme a apporté de si précieux pour qu’il soit imité ? Est-ce uniquement un intérêt politique ? Quel apport à la morale les religions monothéistes ont-elles apporté ? et ont-elles vraiment résolu la question morale ? Pourquoi l’empereur romain Constantin a-t-il choisi le christianisme au détriment d’autres religions ? Comment s'est faite la conversion des rois des barbares en Europe ? etc...etc...

Pour ce post, je finirai par une citation que j’adore de Bertrand Russel sur les religions qui traduit bien ma pensée sur la question :


“I am as firmly convinced that religions do harm as I am that they are untrue”


________

* : ce post est dédié à mon ami J. qui se reconnaîtra.
** : pour en savoir plus sur les khazars :

http://www.cclj.be/regards/web/dossiers/khazar.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Khazars
http://www.khazaria.com/

vendredi 13 avril 2007

Amour coupable

(note inspirée par une autre écrite par Naddou : plaisir coupable)

Elle était là tout près de moi, on s’enlaçait presque, nos regards sont complices, nos yeux en disent plus que nos mots.

Des frissons me traversent le corps et j’ai l’impression que je vais m’écrouler à chaque seconde. Je scrute chaque détail de son visage et je me dis que je pourrais la regarder pendant des heures sans me lasser.

C’est soit maintenant, ici, avec elle, ou jamais.

Je ne résiste pas. Je ne résiste plus. Je sais que je suis celui qui occupe ses pensées. Mais c’est avec un autre qu’elle a décidé de faire sa vie.

Je ne résiste pas, « je t’aime » je dis.

Silence.

Elle me regarde dans les yeux. Elle s’y attendait. Un peu embarrassée, elle ne dit rien. Elle se retire un peu et croise les mains. Je savoure la magie de l’instant.

« Ne va pas contre ton cœur. Laisse-toi aller ». J’ai envie de dire. Mais ce que je prononce, ce sont des mots d’excuse.

« Tu sais bien que je suis avec quelqu’un d’autre » elle me dit. Ses yeux disent : « il n’y a que toi dans mon cœur ».

« Tu sais bien que c’est impossible, sans espoir et sans lendemain. » elle me dit. Ce que j’entends c’est : « nous serons l’un pour l’autre, aujourd’hui et pour toujours »

Nous ne sommes pas des amis. Nous ne sommes pas des complices. Nous sommes tout ça, et pire. Nous sommes des amants. Je n’ai pas goûté ses lèvres, mais mon cœur habite chez elle. Mes mains ne connaissent pas son corps mais nos yeux se connaissent comme de vieux amis.

Quand on se rencontre, ce sont nos regards qui s’enlacent et ce sont nos cœurs qui s’embrassent et s’embrasent.

Je suis coupable de l’aimer, mais mon amour est pur. Je ne dois pas la regarder avec désir, mais ses yeux m’y encouragent. Je ne dois pas lui dire des mots d’amour, mais elle aime bien les entendre.

Que faire ? Vivre le présent. Son passé m’échappe. Son futur appartient à un autre. Mais je tiens son présent entre mes mains. Elle est à moi, maintenant, ici. Mon âme lui appartient aussi. Et demain est un autre jour.

dimanche 8 avril 2007

Notre Père qui es aux cieux

Notre Père qui es aux cieux. Voilà quelques années que tu nous as quittés. 7 ans, ou 700, qu’importe. Que valent 7 années quand tu es éternel ?

Excuse-moi si je t’appelle mon Père. C’est parce que quelque part, je sens que tu es mon père. Excuse-moi aussi si je te prends parfois pour le Bon Dieu. C’est parce que les anciens nous parlent de toi comme ils parlent du Bon Dieu.

Tu nous as habitués à ton absence bien avant ton départ final vers l’éternité. Tu nous as quittés quand tu as vu qu’on se débrouillait bien. Quand j’ai grandi, j’ai connu de toi un vieux corps malade qui a traversé le siècle et sur lequel le siècle a laissé ses traces. Lorsque le temps a eu finalement raison de toi, tu l’avais déjà trompé des centaines de fois.

Ne t’inquiète pas pour nous Père ; nous nous en sortons bien. Notre famille est soudée et notre maison est belle et grande. Parfois il nous arrive d’oublier que sans toi, nous n’aurions pas eu une maison à nous. Mais les murs sont là pour nous le rappeler. Chaque coin, chaque fenêtre, chaque brique de cette maison porte encore tes empreintes. Ni le temps ni les hommes n’effaceront tes empreintes, parce qu’elles sont d’abord gravées dans nos cœurs.

La ville que tu as connue a bien changé. Elle est devenu un village. Les gens que tu as connus ne sont plus là, mais leurs bêtises sont toujours les mêmes. Nous sommes amis avec tout le monde, comme tu nous a appris. Nous ne cherchons pas la bagarre et nous restons polis avec nos voisins, comme de ton temps.

Beaucoup de mes frères passent leur temps à parler au Bon Dieu ces derniers jours. Ils croient que notre maison est trop petite pour eux, Père. Ils cherchent une famille plus grande. Moi je sais que je n’aurai pas d’autre famille que celle que tu as créée par ton combat et tes sacrifices. Mes sœurs ? Elles vont bien. Je crois qu’elles ont compris ce que tu leur as dit, même si elles ne l’appliquent pas toujours. Ton testament est bien réservé. il nous a été bien utile et nous le grderons pour toujours. Et dire que tu l’as écrit un demi-siècle avant de partir !

Grand Frère va bien aussi. Il est toujours là. Parfois, je ne comprends pas ce qu’il fait. Je crois qu’il est en train de refaire des erreurs que tu as faites et qu’il t’a reprochées. Mais lui il a moins d’excuses que toi. J’espère qu’il s’en rend compte. En tout cas moi je sais que Grand Frère ne te remplacera pas : nous aurons toujours un seul père et ça sera toujours toi. Avec Grand Frère nous ne nous sentons pas orphelins, mais tu nous manques terriblement.

J’ai quitté la maison Père. Je suis chez nos voisins, ceux-là même qui nous refusaient le droit d’avoir notre maison comme tout le monde. Je sais que tu les aimes bien. Ce n’est pas tant à cause de Grand Frère, c’est un peu plus compliqué. Beaucoup de mes frères aussi partent ailleurs. Mais nous ferons toujours partie de la famille, même si nous sommes loin.

On parle beaucoup de toi. Plusieurs disent du mal de toi et te reprochent de n’avoir pas été parfait. Qui est parfait dans ce bas monde ? Pas eux en tout cas. Tu as été un humain parmi les humains, mais à vouloir toujours bien faire les choses tu prenais parfois une allure divine. Les gens ne pardonnent pas aux dieux, Père, car les dieux sont parfaits. Moi je te pardonne, je sais que tu étais un Homme, un très grand Homme même s’il m’arrive de te prendre pour le Bon Dieu.

Je n’ai pas pleuré à ton départ, Père. Mais en ce moment j’essuie deux larmes qui coulent sur mes joues. Ne m’en veux pas Père.

lundi 2 avril 2007

2007, une année comme les autres

Qu’est-ce que vous attendez de 2007 ? Non pas pour vous mais pour le monde dans lequel vous vivez. Plus de paix, prospérité et d’harmonie. Moins de guerre, d’injustices et de souffrances. Bonne réponse, comment vous avez trouvé ?

C’est devenu tellement ennuyeux de faire des vœux en début d’année. En 2006 nous avons fait les mêmes vœux, et ça ne va pas mieux. En 2005, nous avons espéré beaucoup aussi, comme en 2004 d’ailleurs.

Oui, je suis pessimiste, je ne crois pas que l’année nouvelle va apporter à l’humanité un quelconque salut. Ne lisez pas ce qui suit si vous voulez garder un goût de fête sur la langue pendant encore quelque temps.

Alors sans prétendre à des dons divinatoires, voilà ce qui nous attend en cette nouvelle année, 2007 :

Chaque minute qui va passer pendant 2007, des enfants vont mourir de faim, de soif, ou de maladies. Leur seul tort, c'est d'être nés là où ils sont nés : pays pauvre, pays en guerre, familles défavorisées...etc. On s’en foutra, comme en 2006.

En 2007, il y aura des riches qui deviendront plus riches, et des pauvres qui deviendront encore plus pauvres. Personne ne s'en indignera. C’est ainsi depuis la nuit des temps.

Quelque part sur cette terre, en 2007, une guerre va éclater. Les gens vont s’entretuer jusqu’à ce que l’acte de tuer devienne des plus banals. Les innocents qui vont mourir, on ne les comptera plus. De toutes façons il n’y a plus d’innocents dans notre monde. On est dans un camp ou dans un autre. On est guerrier, contre son gré, parce que M. Ben Laden avait décidé ainsi. Parce que M. Bush sépare le monde entre les bons et les méchants, on n’a plus le droit de faire des choix.

En 2007, comme il en est toujours, l’histoire va se répéter encore une fois. Probablement en pire cette fois.

L’atmosphère va s’asphyxier encore plus. Les autres êtres vivants qui partagent avec nous cette planète bleue vont encore souffrir de notre présence. Dieu sait combien parmi ces bestioles vont disparaître à jamais. Mais ça n’émouvra personne.

En 2007, nous n’arrêterons pas notre course effrénée vers le progrès. Produire plus, gaspiller plus, polluer plus. Ceux qui ne gaspillent pas suffisamment feront des efforts pour gaspiller plus et mieux. Ceux qui ne savent polluer qu’avec des déchets ménagers apprendront désormais à polluer avec des déchets chimiques, ou mieux, nucléaires. On n’oubliera pas pendant 2007 qu’il est interdit d’arrêter le progrès, même si on fonce droit dans le mur.

Mais en 2007, il y aura sûrement plus de justice dans le monde. Des hommes braves rendront notre monde plus juste grâce à des attentats, guerres et assassinats qu’ils commettront. D’autres gens vont mourir, mais la justice va régner, enfin.

Il y aura aussi plus d’indifférence, plus de haine, plus de chaos. On deviendra plus individualiste en 2007. Mais on va espérer une bonne année, tout de même.

Nous penserons aux autres, en 2007, pour qu’en 2008, nous leur ferons les mêmes vœux. Ça dans le cas où ça serait encore nécessaire.

Car peut-être aussi que 2007 soit l’année de la délivrance pour nous tous. Peut-être qu’en 2007, quelqu’un là-haut, décide de mettre fin à tout ça. A ce moment là 2007 verra tous nos vœux exaucés. Nous verrons les anges de l’Apocalypse qui débarqueront, chargés de libérer la terre de notre poids. La couche d’ozone respirera enfin, en 2007. Notre planète ne sera plus obligée de supporter nos tortures. Les pauvres trouveront enfin le bonheur, et la justice règnera pour tous les opprimés. Grâce à ces anges, il n’y aura plus personne pour souhaiter une bonne année en 2008.

Les anges nous exterminent et la joie scintille dans leurs yeux. Sur leurs chars de feux, ils ont écrit avec des lettres de sang :

Bonne fin, damnés !

dimanche 18 mars 2007

Schizo-blogo-phrénie


« Je ne peux plus assumer les conneries que tu écris. »

C’est ainsi que l’auteur de ce blog s’est adressé à moi alors qu’on essayait de trouver de nouvelles idées pour un nouveau post. Il se tait un moment et sans oser me regarder, il me lance : « Ecoute Mani, t’es gentil mais vraiment je n’en peux plus. Je vais le supprimer ce blog »

Abasourdi, je lui demande : « Qu’est ce qui t’arrive ? Qui a dit que tu étais obligé d’assumer quoi que ce soit ? » Alors il m’explique comment de plus en plus d’amis autour de lui connaissent ce blog. Ils lui demandent d’en parler. Ils lui posent des questions auxquelles il n’a pas envie de répondre.

Il me dit :

- Kundera disait que* « la raison d’être d’un roman est de raconter ce que seul un roman peut raconter ». Ne peut-on pas dire de même que « la raison d’être d’un [blog] est de raconter ce que seul un [blog] peut raconter » ? Qu’en deviendrait-il lorsque le blog est dévoilé et que le blogueur et la personne physique ne font plus qu’un ? Je l’ai déjà dit dans un de mes premiers posts, ici : « sur internet c'est pas la vraie vie. On peut se cacher derrière un pseudo, on peut raconter des exploits complètement imaginaires, comme on peut parler de ses conneries et de ses ratées sans craindre les moqueries des autres. C'est pour ça qu'au lieu de se réfugier dans l'art, l'alcool ou la collecte de timbres, de plus en plus de gens ouvrent des blogs. »

Cette attitude snobinarde ne me choque plus. Il prend des airs en citant Kundera, et juste après, il cite des conneries qu’on a écrites ensemble lui et moi sur ce blog. Comme si ce qu’on écrivait ici avait une quelconque importance. Mais j’étais habitué à ce personnage. Il croit que le monde a besoin des futilités qu’il poste. Il se voit avec un fan club qui n’attend plus que son prochain post. Il se prend pour qui ce mec ?

- Sois un peu plus fair-play, veux-tu ? Et alors s’il y a des amis qui connaissent ce blog ? Ça peut être drôle, non ? Au moins vous pouvez en discuter quand vous vous rencontrez ?

- Tu ne comprends rien, laisse tomber.

Me prendre de haut ! Voilà tout ce qu’il sait faire. Mais le sachant tout à fait capable de se réfugier dans l’art ou l’alcool (il est moins porté sur les timbres), il m’était nécessaire de sauver ce blog, pour son bien. Je poursuis avec insistance :

- Qu’est ce qui peut être différent par rapport à avant ?

- C’est plus dur d’écrire maintenant. A chaque fois qu’un mot me vient à l’esprit, je réfléchis longuement avant de le taper sur mon clavier. L’autocensure est inévitable, et elle m’empêche de parler comme je veux. Je me sens attendu au tournant à chaque mot que j’écris et j’entends déjà les moqueries et les critiques acides que mes amis vont me lancer. Je ne me sens plus libre du tout!

- la liberté n’est qu’un gros mensonge, tu le sais bien.

- oui, mais j’ai essayé par ce blog de créer un petit espace où je me sens un peu plus libre que dans la vraie vie. Je sais que la liberté absolue ne veut rien dire, mais au moins j’avais un masque, maintenant beaucoup de gens savent qui se cache derrière le masque.

J’aurai pu lui sortir ses 4 vérités en face. J’aurai pu lui dire que toute cette histoire n’était qu’une façon de satisfaire son ego. Je me suis retenu ; je le sais susceptible.

Il poursuit donc son délire :

- ils croient qu’ils peuvent avoir des sujets sur commande. Ils veulent que j’écrive sur le sexe. C’est n’importe quoi !

« Remarque ça serait bien que tu fasses un post là-dessus. Comme ça tu avoueras tes fantasmes au grand jour. Ça t’enlèveras un peu de ton air d’un gars chic bien-pensant » Je n’ai pas osé lui dire ces mots. Il ne m’aurait pas pardonné. S’il vous plaît ne lui répétez pas ce que vous venez de lire.

- Ça ne sert plus à rien. Sans anonymat, un blog est inutile. J’ai voulu créer un homme dans la foulée, un visage sans nom. Et voilà que tout tombe à l’eau.

Mais, qu’est-ce qu’il peut être lourd ce mec ! J’essaie de lui remonter le moral :

- Regarde, on va préparer un nouveau truc, quelque chose qui va intéresser un max de gens. Qu’est-ce que tu dis d’un sujet sur les religions ?

Sans enthousiasme, il me dit :

- très original. Ça ne devient pas une obsession chez toi de parler religions ?

- ça fait 3 posts qu’on en a pas parlé !

- tu vas attirer sur moi les foudres de (…) et (…) [2 de ses amis]. Déjà qu’ils m’appellent de tous les noms à cause de ce blog et de cette obstination que tu as à ne parler que des religions. Je deviens leur sujet préféré.

- Non seulement tu dramatises trop, mais tu manques aussi terriblement de sens d’humour. Décidément tu ne peux pas t’empêcher de tout compliquer et de pleurnicher comme des gamins. Quand est-ce que tu grandis une fois pour toutes ?

- Pourquoi tu me parles comme ça ? N’oublie pas que je t’ai créé sur un coup de tête et que je peux te supprimer à tout moment.

- Tu ne peux pas te passer de moi. Tu scrutes les statistiques pour savoir combien d’internautes ont visité ton homme dans la foulée. Ça te fait plaisir de lire les commentaires. Ton ego occupe désormais toute la place sur ton blog. Tu peux me dire à quoi ça sert un post comme celui-là, à part d’étaler devant tout le monde des conversations mentales stupides et inutiles ?

- Tu n’es qu’un passe-temps tu sais …

Je l’ai coupé en martelant :

- Grâce à moi, tu peux encore écrire ce que tu veux. Parce que désormais ça sera moi qui écris ici. Je prends les choses en main et tu ne t’occuperas plus de rien.

- Tu oublies que nous ne faisons qu’un.

- Ce n’est pas vrai. Si nous ne faisions qu’un, à qui tu serais en train de parler en ce moment ?

- Je sais pas. A moi-même.

- Tu serais schizophrène alors ?

- Oui, peut-être.

- Non, écoute : tu n’es pas schizophrène et moi j’existe bel et bien. Alors on va conclure un marché : tu me laisses la liberté totale sur ce blog. Je vais écrire tout ce que je veux et tu n’auras plus aucun droit sur les sujets, sauf de les lire et de lire les commentaires.

Et c’est ainsi qu’on s’est mis d’accord. C’est moi qui vais m’occuper de la rédaction des posts. En contrepartie, son ego bénéficiera des avantages que procure ce blog : flatteries des commentateurs, popularité, amour, haine, critiques, insultes… je ne dispose d’aucun droit de propriété sur ces choses-là.

C’est pour cela, chers visiteurs de cet espace qui est le mien, je vous demande de ne pas faire l’amalgame entre moi et l’auteur de ce blog. Lui a sa vie dans le monde des hommes et moi la mienne dans le monde des blogueurs. Il ne saurait être tenu pour responsable pour des choses que j’aurais moi écrites. Toutes vos critiques et toute votre colère sont à adresser à moi, Mani l’Africain, alias Manichaeus, et à personne d’autre. Je transmettrai après vos flatteries et vos lettres d’amour à l’intéressé (pour les lettres d’amour, mecs s’abstenir). Tout ce que vous avez à connaître sur moi, c’est un pseudo, un blog et la photo d’un tigre. Tout le reste est illusion. Le seul monde qui existe pour moi, le vrai monde, est la blogosphère.

__________

* : « La raison d’être d’un roman est de raconter ce que seul un roman peut raconter » Milan Kundera, L’Art du roman.

mercredi 2 août 2006

Mythes mésopotamiens et monothéismes

Un monothéisme moyen-oriental ?

Polythéisme et monothéisme sont deux moments caractéristiques de la dynamique des religions orientales. Il n’est pas donc surprenant de trouver dans le paganisme antérieur au monothéisme les prémisses de l’idéologie du dieu unique.
C’est ainsi que les dieux Mardouk, Nergal, Inanna/Ishtar sont qualifiés chacun comme « n’ayant pas d’égal ».

Le culte du dieu unique a commencé, on le sait, en Egypte par Akhénaton. Dans l’hymne du dieu Soleil on peut lire : « Toi, seul dieu, en dehors duquel il n’existe pas d’autre ». Notons que la négation de l’existence des autres dieux n’est pas inhérente au monothéisme ; En effet, les premiers juifs ignoraient les autres dieux en vouant un culte exclusif à Yahweh (ou Yahvé). Ce qui ne veut pas dire que les autres dieux n’existaient pas pour eux. Tout simplement seul Yahvé méritait obéissance et vénération puisqu’il est le dieu d’Israël et son protecteur (voir Freud, L’Homme Moïse et la religion monothéiste).

Dieux et rois étaient deux notions qui se rejoignaient dans l’idéologie orientale. C’est ainsi qu’on voit des rois terrestres s’attribuer des épithètes divins : Seigneur des seigneurs, de tous les humains, de l’univers, de tous les pays… Ces épithètes sont à l’origine ceux des dieux. L’interférence entre le roi et le dieu tétulaire est admise par les mésopotamiens sans qu’il y ait une véritable identification. Cette vision du pouvoir n’est pas sans rappeler le statut du prophète dans les religions monothéistes.

Dans une guerre, le dieu de la cité victorieuse assimile les dieux de l’autre camp. Il s’approprie alors leurs fonctions et leurs qualités, de sorte que chaque guerre s’accompagne par une réforme monothéiste.
L’accumulation des épithètes atteint son paroxysme dans les religions monothéistes, où le dieu unique monopolise les pouvoirs et les qualités des autres dieux.
Notons enfin que cette appropriation peut expliquer par exemple les Beaux Noms d’Allah, qui sont à rapprocher des Beaux Noms de Mardouk. Le dieu jaloux d’Israël tient peut-être cette jalousie de Namtar, le dieu babylonien qui a infligé l’Epidémie aux hommes.

Influences mésopotamiennes :


Notons tout d’abord que le patriarche Abraham est né vraisemblablement à Ur, c’est-à-dire en Mésopotamie. La déportation des juifs à Babylone en 586 par Nabuchodonosor II a certainement permis un échange et une influence mutuelle. Des études affirment que la vie après la mort n’est apparue dans la pensée religieuse juive qu’après le contact avec les religions perses (Zoroastrisme en l’occurrence) imprégnées déjà par le Jugement Dernier et l’existence de l’âme.

Il est aussi possible d’établir un parallèle entre le personnage mythique de Gilgamesh et celui d’Adam : tous deux ont une connaissance du bien et du mal. Tous deux ont cherché l’arbre de vie et ont échoué.

L'Épopée de Gilgamesh est issue de plusieurs légendes qui ont été rassemblées en un récit unique rédigé en langue akkadienne mais seuls quelques fragments — plus de six cents vers — nous sont parvenus.

Terrassé par la mort de son ami Enkidu, Gilgamesh erre et vagabonde. Il cherche l’arbre de la vie dans le pays des Cèdres où il doit combattre un le gardien de la forêt, un serpent selon certaines versions. Ces éléments de récit se retrouvent dans le Coran : La mort d’Abel a imposé à son frère d’être errant et vagabond. Abel ne savait pas comment inhumer son frère, alors que le héros babylonien a refusé d’enterrer son ami Enkidu. L’arbre de vie se trouvait à l’est de l’Eden dans les deux récits. Le personnage du serpent ainsi que l’existence d’une femme (Eve/Inanna) vient accentuer ces ressemblances.

Notons aussi que les dualités Gilgamesh/Enkidu et Abel/Caïn traduisent toutes les deux un duel nomade/sédentaire.

La quête de la vie éternelle, Gilgamesh va la chercher auprès du seul homme qui l’a obtenu : Uta-napishti, le seul survivant du Déluge mésopotamien ; Il est d’ailleurs frappant de voir à quel point le récit mésopotamien du Déluge se rapproche de celui adopté par les monothéistes en général ; Enki, voulant punir l’humanité pour sa multiplication, décida de la faire périr. Il conseilla à son protégé Uta-napishti de se faire une embarcation et d’y regrouper de toutes les espèces. Après le Déluge, ce héros est promu à l’éternité et est placé à l’est de l’Eden, là où Gilgamesh vient le chercher. Dans certaines traditions islamiques on affirme que Noé a vécu près de mille ans.

Le Déluge :

Les récits du Déluge diffèrent selon les versions. Dans l’une de ces versions qui date du XIIIe siècle av. J.-C., le héros s’appelle Atram-Khassisum. Ce « familier » d’Ea est à reprocher avec le patriarche biblico coranique Abraham. Tous deux représentent en effet l’explication mythique des origines de la civilisation qui se construit à partir d’un acte fondateur entre un sage et un dieu.

Un autre héros mésopotamien s’apprête à un tel parallèle avec l’histoire du premier homme, Adam. Il s’agit des mythes se rapportant au personnage d’Adapa. A part la ressemblance homophonique, les deux histoires se croisent étrangement. Ce sont deux sages qui ont accès à la connaissance du bien et du mal, qui ont des relations privilégiées avec les dieux et qui ont été privés de la vie éternelle à cause des fautes qu’ils ont commises.

Il ne s'agit là que d’un bref aperçu de ce que peut être la ressemblance entre les anciennes religions de l'Orient et les religions monothéistes. Le Moyen-Orient a vu naître et prospérer une des premières civilisations au monde qui reste une des plus importantes même aujourd’hui. Les ressemblances évoquées dans cet article entre mythes mésopotamiens et mythes monothéistes viennent montrer que les religions quelles qu’elles soient s’inscrivent dans une continuité historique et ne peuvent être dissociées des contextes de leurs apparitions.

BIBLIOGRAPHIE :

[1] SFAR Mondher, La Bible, le Coran et l’Orient ancien

[2] BOTTERO Jean, Naissance de Dieu, la Bible et l’historien

[3] BOTTERO Jean & KRAMER Samuel-Noah, Lorsque les dieux faisaient l’homme, mythologies mésopotamiennes

[4] FREUD Sigmund, L’Homme Moïse et la religion monothéiste

[5] Encyclopédie ENCARTA 2004

//Cet article fait partie d'une longue recherche personnelle que j'ai effectuée sur les religions en général et celles monothéistes en particulier. D'autres articles suivront...

dimanche 30 juillet 2006

La religion selon Freud

1. L’enfance ou le paradis perdu :

Comme beaucoup de mammifères, l’être humain vient au monde inachevé. Physiologiquement, il est incapable de parvenir à ses besoins tout seul. Un petit d’homme ne peut ni marcher, ni manger, ni faire quoi que ce soit tout seul. Heureusement qu’il y a deux êtres qui veillent sur lui : les parents. Lors d’une grossesse externe il achève son développement. Cet état produit une première phase de dépendance physiologique.

Cette dépendance physique s’accompagne forcément par une dépendance psychique vis-à-vis des parents. Cette dépendance a un envers, celui de la croyance en la toute-puissance des parents, qui sont alors représentés comme des géants (ils le sont physiquement) ou des magiciens (car l’ont croit qu’ils savent tout et tout faire). L’enfant se sent protégé et aimé par cette bienveillante puissance. Pour l’enfant les liens de causalités sont souvent attribués aux pouvoirs magiques des parents. Cette perception ne va pas disparaître totalement à l’âge adulte.

Pendant cette phase, le Moi n’est pas perçu comme indépendant du monde extérieur. Il se peut que ce sentiment dit « océanique » (le Moi et le monde ne font qu’un) ressurgisse dans la vie d’adulte et soit à l’origine de nombreuses expériences spirituelles.

2. L’âge adulte et le besoin de croire :

Avec l’âge, l’enfant gagne en autonomie. C’est là qu’apparaît une sorte de nostalgie. En effet, un envers de l’indépendance se constitue autour du souvenir de ce temps premier fait d’amour et de soins, s’accompagnant du sentiment de perte (telle une Chute), perte de l’enfance et de l’infantile, chute hors du monde du merveilleux, des contes de fée, etc. L’on est animé par une quête d’une Utopie, qui n’est d’autre qu’une tentative de retrouvailles du Paradis Perdu de l’enfance. Ainsi comme dit Brecht, l’utopie c’est croire pouvoir changer le monde, c’est-à-dire, en fait, retrouver le sien.

A l’âge adulte, la vie se complique. Freud nous a appris que la vie psychique ne peut être que conflictuelle. La subdivision du psychisme en Moi, Surmoi et ça fait que l’individu vit une éternelle négociation entre ses désirs et la réalité. Selon les mots de Freud : «Telle qu'elle nous est imposée, notre vie est trop lourde. Elle nous inflige trop de peines, de déceptions, de tâches insolubles. Pour la supporter, nous ne pouvons nous passer de sédatifs». L’enfance devient un âge rêvé où tout y était parfait.

Selon Freud, la religion tirerait alors sa force de sa promesse de retrouvaille, de retour à l’état supposé heureux de l’enfance. De même, la promesse de Vie Éternelle est celle d’une vie d’avant le temps, d’avant la séparation de l’enfance.

Ainsi, le besoin de croire serait un désir nostalgique de retrouvaille du temps de la dépendance (fantasme du ventre maternel, d’être un dans le tout, la métaphysique, etc.)

Mais ce besoin se heurte à la pulsion de vie. Car cette pulsion pousse à l’écart, à la séparation, la différenciation. C’est pour ça qu’elle constitue une source d’angoisse. Eros devient donc l’ennemi, le diable, la tentation. Mais ce refoulement est nécessaire, au mois pour la société et non l’individu. Il est dit civilisateur car il épargne à la société le déchaînement des pulsions individuelles destructrices.

Les manifestations du désir nostalgique de l’enfance dans la vie quotidienne sont nombreuses :

  • la mélancolie (« l’enfance, c’était le bon temps ! », mais on oublie les cauchemars, les peurs, les vécus d’abandon, etc.) ;
  • la culpabilité (« je suis nul, je me suis fait chuté, incapable de créer mon monde ») ;
  • le ressentiment (« le monde est moche, pourri, et de plus en plus ! Ils m’ont fait perdre mes illusions ou mes idéaux, ils m’ont jeté hors de la vie, etc. »).

Les tentatives de retrouver cet univers aboutissent par fois. Leur succès peut se voir dans le fait de :

  • retrouver ce qui est pensé après-coup comme ayant été un Eden ou Nirvâna
  • au plan psychique, retrouver le monde de l’infantile, celui des magiciens, des Géants et des dieux
  • retrouver une masse ou une grégarité, un groupe (familial), une institution ou un État (la « mère patrie »...)

Ce qui offre un sentiment retrouvé de protection face à un environnement hostile (la nature et ses tempêtes, les humains et leur violence, etc.)

Mais finalement, ce qui est visé et espéré comme étant devant soi est, en fait, notre passé, re-projeté.

3. Le complexe d’Œdipe dans tout ça ?

Pour illustrer l’importance de ce complexe dans la formation du sentiment religieux, on va reprendre un exemple donné par Freud de la conversion d’un médecin. Appelé à disséquer une vielle dame qui venait de mourir, ce jeune médecin se dit que si dieu existe, il n’aurait jamais permis qu’une dame au visage si doux et ravissant meure. Mais une voix dans son âme l’invite à réfléchir à la question. Finalement, dieu lui révèle son existence par des signes et des preuves, dit-il.

Pour Freud, le médecin a rétabli un lien direct entre cette dame et sa propre mère. Le complexe d’Œdipe a ressurgi dans son inconscient. La réaction immédiate a été une révolte contre le père et un désir de l’anéantir.

C’est là que le Surmoi intervient en suscitant un fort ressentiment de culpabilité. Cette culpabilité se transforme aussitôt en soumission, c’est-à-dire une croyance à Dieu le Père dans le champ de la conscience.

Ainsi Freud nous présente un mécanisme de conversion. Un mécanisme qu’il juge si simple et si transparent !

4. Les rites religieux et leur signification psychologique :

Grâce à des déplacements de libido et à la sublimation des pulsions, certains sont capables d'obtenir des satisfactions délicates et élevées et une somme suffisante de plaisir dans l’activité religieuse. Plaisir moins intense que la satisfaction assurée par la satisfaction des désirs pulsionnels primaires, mais beaucoup plus indépendant du monde extérieur.

Freud établit un parallélisme entre les actes obsédants des névrosés et les rites religieux. En fait ils sont tous exécutés dans un ordre précis et suivent des règles strictes. L’omission d’un détail lors de leur exécution peut provoquer une peur inexplicable.

Néanmoins, il existe quelques différences notamment vu la diversité des actes obsédants par rapport aux rites. Ceci s’explique en partie par le caractère privé des névroses, qui restent liées à l’histoire personnelle du malade. D’où par exemple l’absence du symbolisme dans les actes non religieux. Mais pour Freud, ce symbolisme existe et au contraire des rites religieux, il n’est pas à mettre en évidence.

La psychanalyse s’attarde aussi sur le lien de la sexualité et de la religion. En effet, on peut retenir par exemple que l'excitation religieuse est une excitation sexuelle dissimulée. Et que l'homme religieux par la mystification de son excitation, rejette sa sexualité. L'extase religieuse n’est donc qu’une compensation de l'excitation végétative orgastique.

Sur les religions, 3 livres de Freud s'imposent :

- L'Avenir d'une illusion

- Malaise dans la civilisation

- L'Homme Moïse et la religion monothéiste

Il y a aussi Totem et Tabou, que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire.